

Publicatii
Revista Romana de Psihanaliza
Publicatie a Societatii Romane de Psihanaliza,
Grup de Studiu IPA
Valentin Protopopescu
MARQUES DE L’INCONSCIENT.
ESSAIS DE PSYCHANALYSE EXPLORATOIRE
Éd. Paralela 45, Piteşti, 2006
Mihnea Popescu
UN LIVRE SALUTAIRE
La psychanalyse appliquée peut-elle être un instrument à la fois herméneutique
et polémique ? Valentin Protopopescu nous incite à apporter une
réponse positive à cette question. Son livre, Marques de l’inconscient. Essais
de psychanalyse exploratoire, représente un argument en faveur de l’idée
que la psychanalyse appliquée peut constituer une démarche scientifique,
tant dans le domaine de l’analyse des objets culturels que dans celui des
auteurs.
Structuré en trois parties — « Psychanalyse de l’acte polémique », « Le
quotidien sur le divan » et « Lettres et inconscient » — l’ouvrage aborde
différents épisodes, plus ou moins conflictuels, de la vie des intellectuels
roumains après 1989. Ces épisodes sont symptomatiques d’attitudes infantiles,
rétrogrades, voire extrémistes très persistantes en Roumanie, d’autant
plus paradoxales qu’elles sont le fait de personnalités publiques très
connues. Le livre propose également un certain nombre d’essais brefs qui
procèdent à une radiographie sans concessions de la pathologie sociale roumaine
sous ses multiples formes. L’accent porte ici sur des phénomènes
comme la corruption, l’hypocrisie, le bigotisme et l’intolérance envers les
minorités, qui s’appuient sur des tics névrotiques, des scénarios narcissiques
de type paranoïaque ou des attitudes de type schizophrène. Enfin, la
troisième partie du livre est consacrée au commentaire en clé psychanalytique
d’ouvrages de psychanalyse, mais également de littérature, de philosophie, d’anthropologie culturelle, d’histoire ou d’étude des représentations
collectives.
Écrit dans un style accessible mais sans concessions pour les idola tribus,
l’ouvrage de Valentin Protopopescu s’adresse au grand public qui, en
Roumanie, reste peu familier du jargon psychanalytique. Le talent journalistique
de l’auteur est doublé d’une bonne connaissance des concepts
et des stéréotypes freudiens, kleiniens, lacaniens, etc. Il importe de souligner
le courage avec lequel l’auteur déconstruit les « héros » et les « maîtres
» dont l’autorité a une influence « toxique » sur la mentalité de la
communauté. Valentin Protopopescu risque de s’attirer ainsi l’animosité
de l’establishment intellectuel contemporain, dont les prestations contradictoires
sont prises pour l’objet dans l’interprétation analytique qui
constitue la démarche de l’ouvrage. Pour la première fois en Roumanie,
il transforme l’instrument analytique en une arme dirigée contre les préjugés,
les inerties et les accès psychopathologiques de la société roumaine
d’aujourd’hui.
Pour toutes ces raisons, je pense que nous nous trouvons en présence
d’un livre interessant pour notre culture nationale, trop souvent encline à
cultiver des clichés narcissiques et des attitudes infantilisantes.