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Revista Romana de Psihanaliza
Publicatie a Societatii Romane de Psihanaliza, Grup de Studiu IPA

 

UN NOUVEAU COMMENCEMENT

Vasile Dem. Zamfirescu
[Psychanalyste, membre direct A.P.I., S.R.P.,
prof. des Universités, Bucarest]

 


Il est peu connu en Occident que, pendant l’entre-deux-guerres, période de remarquable épanouissement culturel, la psychanalyse a subi une diffusion rapide et assez large en Roumanie, la situant à ce moment-là parmi les pays européens les plus ouverts aux idées novatrices de Freud. L’ample volume Freud et la psychanalyse en Roumanie de G. Brãtescu, (Humanitas, 1994), qui n’a toujours pas été traduit dans une langue de circulation internationale, contient une riche documentation sur cette situation surprenante. Prenons un seul exemple concluant: les thèmes psychanalytiques de plus de dix thèses de doctorat en médecine soutenus en moins de vingt ans à Bucarest et Cluj.
Ce début très prometteur tient aussi à la parution des premières revues de psychanalyse en Roumanie, adressées aux spécialistes. En 1934, le docteur Paul Schwartz, psychanalyste, publiait la première revue de ce genre, dont le titre était, paradoxalement, « La Revue internationale de psychanalyse ». La justification du titre tenait dans le fait que les psychanalystes roumains ne pourraient pas assurer la continuité et le haut niveau de la revue, qui devait avoir un rythme de parution trimestriel. Malheureusement, le premier numéro, qui totalisait cinquante-six pages, fut aussi le dernier.
Quelques mois plus tard, on publie également « La Revue Roumaine de Psychanalyse », initiée par un autre médecin, psychanalyste - Constantin Vlad. Voix du « Cercle Roumain d’Études Psychanalytiques », la nouvelle revue s’adressait toujours à des spécialistes (des médecins), qu’elle voulait mettre au courant de la psychanalyse et entraîner dans les débats provoqués par le freudisme. Comprenant à sa première parution, soixante-huit pages, son rythme de publication devait être trimestriel, mais la revue, comme la précédente, a cessé d’apparaître après le premier numéro.
Le nombre et la qualité des revues de spécialité représentent un indicateur du niveau de développement de la psychanalyse dans une culture, or, les premiers essais de ce genre illustrent les atouts et les faiblesses des professionnels roumains. Extrêmement réceptifs au freudisme, les médecins ont commencé à pratiquer la psychanalyse sans l’expérience de l’analyse personnelle, même si les relations culturelles avec la Vienne de Freud étaient traditionnelles, surtout pour la partie de l’ouest de la Roumanie. Leur nombre n’a pas été assez important pour pouvoir constituer un mouvement psychanalytique qui aurait été en mesure d’alimenter les publications psychanalytiques du genre des revues. Si, après la Deuxième Guerre Mondiale, le puissant voisin de l’est n’avait pas imposé le communisme à la Roumanie, la psychanalyse aurait peut-être connu ici aussi un développement organique. Dans la réalité historique, l’idéologie communiste a tenu la psychanalyse, pendant cinquante ans, en dehors de la conscience collective.
L’année de l’effondrement du communisme en Roumanie (1989) marque le début de la psychanalyse en Roumanie, en même temps que la renaissance de la démocratie. Ce deuxième commencement présente des signes pleins d’espoirs quant à l’ampleur et à la profondeur du processus. Je mentionnerais tout d’abord le contact permanent avec les psychanalystes occidentaux, qui a fait défaut pendant l’entre-deux-guerres. Dès 1990, on a eu la possibilité de connaître les psychanalystes français et hollandais, soit à Bucarest, soit dans leur pays. Je me souviens avec plaisir et gratitude des supervisions dont j’ai eu l’occasion de profiter entre 1990-1997. Les fruits de cette collaboration se sont concrétisés dans la transformation de notre groupe en Study Group de l’IPA. Aujourd’hui, la Société Roumaine de Psychanalyse - Study Group compte quatorze membres et se prépare à devenir société provisoire de l’IPA. La Société Roumaine de Psychanalyse est reconnue aussi par le Collège des Psychologues de Roumanie.
La présence de la psychanalyse en tant que matière d’enseignement à l’Université, joue un rôle capital dans la nouvelle destinée de cette discipline dans la Roumanie contemporaine. De cette manière, les étudiants, public le plus réceptif à la psychanalyse, bénéficient d’informations correctes sur le sujet. D’ailleurs, la plupart des candidats de la Société Roumaine de Psychanalyse sent recrutés parmi les étudiants en psychologie des facultés bucarestoises.
Enfin, un autre phénomène tout à fait nouveau par rapport à l’entredeux- guerres est la création de maisons d’édition spécialisées dans la publication des travaux de psychanalyse. La maison d’édition Trei et la maison d’édition, « La Fondation Generatia », sont les plus connues. Récemment, dans la collection « La Bibliothèque de Psychanalyse » des edition Trei, a été publié le XVII-ème volume des oeuvres de Freud, qui clôt la série de la première traduction intégrale des écrits de l’allemand fondateur de la psychanalyse. La présence de la psychanalyse dans l’enseignement supérieur et l’apparition des maisons d’éditions spécialisées dans la publication de travaux psychanalytiques reprèsentent deux phénomènes qui se sont réciproquement et positivement influencés.
Si les nouvelles conditions d’après 1990 ont été favorables au développement de la psychanalyse, les publications spécialisées sont-elles aussi entrées dans une nouvelle phase. La Société Roumaine de Psychanalyse publie un bulletin qui contient des informations internes et externes liées aux activités scientifiques et de formation, roumaines et internationales. Le rythme de parution a été oscillant: annuel ou biannuel. De 1994 à 2004, les éditions Trei ont publié la revue de culture psychanalytique « La Psychanalyse », dont le but était de familiariser le public cultivé avec les idées de la psychanalyse. « La Revue Roumaine de Psychanalyse », qui apparaîtra à l’occasion du Colloque international de psychanalyse de Bucarest (30 octobre – 2 novembre 2008), initié par notre collègue française Nadia Bujor, s’inscrit comme un nouveau commencement qui en prolonge d’autres, d’avant et d’après-guerre. Le but est de stimuler la publication des résultats scientifiques des psychanalystes roumains et de mieux les connecter au mouvement psychanalytique international. Les rubriques de la revue - « Psychanalyse contemporaine (clinique et théorie) », « L’histoire de la psychanalyse », « Recherches », « Psychanalyse appliquée », « Livres/Revues » - offrent une idée de sa large orientation. Tout comme la première revue roumaine de psychanalyse, la nouvelle revue sollicitera des collaborations internationales qui auront au départ un poids important. D’ailleurs, le comité scientifique inclut des représentants connus de la psychanalyse française. Ainsi sont réunies toutes les conditions pour que le premier numéro de la Revue Roumaine de Psychanalyse ne soit pas le dernier.