

Publicatii
Revista Romana de Psihanaliza
Publicatie a Societatii Romane de Psihanaliza,
Grup de Studiu IPA
INTRODUCTION:
Alfred Dumitrescu, Albert Louppe, Prof. François Marty et Ion Vianu
Alfred Dumitrescu
Je souhaite, tout d’abord, remercier au nom de la Société Roumaine de
Psychanalyse ceux qui ont rendu possible l’organisation de ce premier Colloque
International de Psychanalyse à Bucarest:
Son Excellence, le Président de la Roumanie, Monsieur TRAIAN
BăSESCU, qui nous a offert le Haut Patronage du Colloque et son accueil
dans les salles du Palais Cotroceni avec une amabilité exceptionnelle,
Monsieur le Conseiller d’Etat Bogdan Tătaru Cazaban et Monsieur le
Conseiller Présidentiel Cătălin Buciumeanu qui nous ont apporté leur soutien
afin de résoudre de nombreux problèmes logistiques, ainsi que l’excellente
équipe organisatrice composée de Mesdames Monica Balaşa,
Brînduşa Pop et Camelia Ovezea.
Je remercie aussi l’ensemble des membres du Comité Scientifique et
organisateur du Colloque:
Nadia Bujor,
Veronica Şandor,
Cleoptare Athanassiou-Popesco,
Brînduşa Orăşanu,
Annaik Feve,
Rita Teodoru,
Catherine Chabert,
Jacques Andre,
Vasile Dem. Zamfirescu,
Francois Marty,
Didier Lauru.
Le Palais Cotroceni, édifice dont la construction a commencée il y a plus
de 120 ans est un lieu pénétré à la fois par l’histoire et par le pouvoir. Et
voilà qu’il devient, à l’occasion de ce Colloque, un lieu de réflexion sur un
thème qui renvoie autant à l’histoire qu’au pouvoir, car la haine et la violence
- latente ou manifeste - qui en découle sont des tentatives désespérées
pour dissimuler l’incapacité à nous connaître et à nous accepter
nous-mêmes par la soumission, en fantasme ou en réalité, des autres. Un
proverbe dont l’origine demeure incertaine nous dit que "Tout comprendre,
c’est tout pardonner"; c’est peut-être la vérité mais nous sommes certainement
très loin de TOUT comprendre.
Mais nous sommes convaincus que la psychanalyse peut servir à la compréhension
et pas seulement à la "compréhension de l’autre" - avec la
connotation paternaliste et la distance que peut avoir ce genre de compréhension
- mais, en premier lieu, à la compréhension de "soi" telle la
condition nécessaire pour pouvoir "penser", c’est-à-dire travailler à
l’intérieur de notre espace psychique les affects et les passions qui font partie
des données nous constituant; y compris - et surtout - la haine et la violence.
C’est seulement par ce genre de compréhension - de pensée - que nous
pouvons "pardonner" à nous-mêmes et à ceux de notre entourage les
effets dévastateurs de la haine et de la violence.
Cette dernière est l’un des points les plus importants qui relient entre
elles les présentations et les interventions que vous allez écouter lors de ce
Colloque.
François Marty
Je remercie respectueusement mais chaleureusement aussi son Excellence
M. le Président de la République de Roumanie, Traian Basescu,
d’avoir bien voulu accepter de présider notre colloque et de nous avoir
accueilli si généreusement dans ce magnifique Musée du palais présidentiel
Cotoceni. Je remercie également M. le Conseiller culturel du Président
de la République de Roumanie, Catalin Buciumeanu et M. le Conseiller
d’Etat Bogdan Tataru Cazaban qui ont grandement contribué au succès
de l’organisation de ce colloque. Je remercie tout particulièrement le
comité d’organisation (côté roumain : Vera Şandor, Brînduşa Orăşeanu,
Rita Teodoru, Vasile Dem. Zamfirescu, Alfred Dumitrescu ; côté français
: Nadia Bujor, Didier Lauru). Sans eux, nous n’aurions pu réaliser ce projet
qui nous tenait à coeur : réunir de nombreux collègues psychanalystes
de Roumanie, dans toute la diversité de leurs orientations et des collègues
de plus de dix pays (Allemagne, Autriche, Suisse, Angleterre,
Etats-Unis, Brésil, Mexique, Turquie, Espagne, Italie, France) que nous
avons sollicités pour réfléchir sur ce thème passionnant, difficile mais
essentiel et toujours très actuel de la haine et de la violence. Je dois tout
particulièrement remercier Nadia Bujor qui est à l’initiative de ce projet
et qui n’a pas ménagé ses efforts pour que nous puissions tous nous
retrouver ici aujourd’hui.
Lorsque nous avons évoqué pour la première fois ce projet de colloque
au sein du Collège International de L’Adolescence, nous n’imaginions pas
qu’autant de collègues répondraient positivement à notre invitation. Qu’ils
soient tous ici remerciés. Je sais combien leurs activités de psychanalystes,
d’enseignants et de chercheurs les occupent. Leur présence aujourd’hui est
le signe non seulement d’une grande amitié, mais aussi la preuve que la
psychanalyse est bien vivante partout dans le monde.
La haine et la violence sont des sujets bien choisis et vous y avez été sensibles.
Ce sont des sujets difficiles, mais d’une très grande richesse pour
penser la dynamique de la vie psychique et de la vie sociale. Je suis
convaincu que nos travaux permettront d’aller encore plus loin dans la
compréhension de leur rôle et de leur fonction dans les aléas de nos
modes de fonctionnement individuels et collectifs.
Ion Vianu
MONSIEUR LE PRESIDENT,
MESDAMES ET MESSIEURS,
Ce n’est absolument pas un hasard si notre congrès, dédié à la psychanalyse
de la haine et de la violence, se tient dans ce lieu historique où tant
d’événements ayant marqué le destin de la Roumanie se sont joués et
déjoués. Ils peuvent supporter une interprétation symbolique.
Jusqu’au dix-septième siècle, Cotroceni était couvert de grandes forêts
feuillues. C’est ici que s’est caché, que s’est "cotrocit", le Prince Şerban
Cantacuzino. La retraite dans la forêt peut facilement être interprétée
comme l’image aboutie du refoulement. Plus tard, après avoir construit un
monastère, ce prince humaniste a soutenu l’équipe qui a traduit pour la
première fois la Bible. Une telle oeuvre, une telle traduction est herméneutique;
ces lieux portent donc en eux le poids de l’interprétation, qui est
aussi, celui de la psychanalyse.
L’histoire de notre ville, Bucarest, est une histoire violente. Elle a de
nombreuses fois été détruite par des troupes ennemis, ou même amis; elle
été ébranlé par de puissants tremblements de terre et dévasté par des incendies
effrayants. Pratiquement chaque génération bucarestoise a connu sa
part de violence. Pour ne pas parler que de Cotroceni, il y a tout juste deux
décennies, les restes du prince-fondateur ont été retirés de sa tombe, et
l’église qui l’abritait détruite. Voilà un acting out via lequel la tyrannie
exprime on ne peut plus clairement sa haine face à l’histoire.
Mais, comme la preuve véritable que ce qui avait été refoulé revenait,
l’église, dont le marque au sol avait été conservée, a été reconstruite après
que soit passé la calamité. La violence destructive a laissé place à un
moment de reconstruction.
Nous pouvons donc supposer que ceux qui ont décidé du lieu de notre
rencontre ont trouvé le lieu symbolique le plus approprié.
La violence, et son corollaire, la haine, ces expériences ubiquitaires qui,
en produisant des désastres, échappent à tout contrôle, intéressent largement
les psychanalystes qui ont organisé la première réunion de cette
ampleur en Roumanie. La haine et la violence, en plus de ne pas avoir été
combattues, ont été prêchées aux générations plus anciennes. La haine de
race, tout d’abord, dans la première moitié du siècle dernier. Ensuite,
comme un élément central du dogme qui modèle nos consciences, la haine
de classe.
Il y a une question à laquelle la psychanalyse transgénérationnelle,
avec les moyens dont elle dispose, essaie de répondre: comment se reflètent
les pressions mentales auxquelles ont été soumises les générations
antérieures dans la conscience des générations postérieures ? Et surtout,
comment pouvons-nous procéder pour écarter de notre for intérieur les
séquelles de cette passion, en aucun cas accidentelle, consubstantielle à
l’idéologie qui nous a dominés et endoctrinés et que nous nommons
haine? C’est à ces questions et à beaucoup d’autres qui en dérivent, que
nous consacrerons nos efforts durant les journées de ce congrès.