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Revista Romana de Psihanaliza
Publicatie a Societatii Romane de Psihanaliza, Grup de Studiu IPA

 

EDITORIAL

Brînduşa Orãşanu
[Psychanalyste, membre direct A.P.I., Bucarest]

 

A la date de parution de ce numéro de la Revue Roumaine de Psychanalyse, un événement d'ampleur aura déjà eu lieu : le Colloque International de Psychanalyse sur la thématique « Les défis de la psychanalyse au XXI-ème siècle : Penser la haine et la violence ». Déroulé à Bucarest, entre le 30 octobre et le 1er novembre 2008, le colloque a réuni des psychanalystes de Roumanie et de toute l'Europe, ainsi que des psychothérapeutes roumains d'orientation psychanalytique. Le troisième jour des ateliers, organisé autour de « La haine dans la culture », il y a eu des interventions de philosophes, d'écrivains et de journalistes, dans un désir d'ouverture de la psychanalyse au milieu culturel roumain.
L'événement a été un vrai succès. Les conférences plénières et la plupart des présentations dans les ateliers ont présenté des approches psychanalytiques théoriques et cliniques, et elles ont capté l'attention de tout l'auditoire, non seulement des spécialistes.
Même si les communications du colloque ne sont pas publiées dans ce numéro de la revue, mais dans les prochaines parutions, l'événement a été trop important pour qu'on l'oublie dans cet éditorial. Il marque deux grands points concernant la psychanalyse en Roumanie.

Le premier, peut-être le plus important, concerne ses rapports avec la psychanalyse dans les pays ayant une tradition dans ce domaine. Même si, du point de vue spirituel et intellectuel, la psychanalyse a, chez nous, un passé plus ou moins éloigné (les thèses de doctorat de la période de l'entre deux guerres, la pratique psychanalytique avant 1989), elle peut être considérée comme étant jeune, en regardant du dehors des frontières. La Société Roumaine de Psychanalyse a été fondée en 1990, mais elle commence à être reconnue sur le plan professionnel par l'Association Psychanalytique Internationale (IPA) en 1999, sous le nom de Société Roumaine de Psychanalyse - Groupe d'Etude IPA. De ce point de vue, une conférence internationale d'une telle ampleur, organisée à Bucarest, représente le passage de la psychanalyse roumaine de l'étape d'apprentissage - professionnel et institutionnel - à l'étape de partenariat et de dialogue.

Le second aspect est lié à la place de la psychanalyse dans la culture roumaine. Puisque le domaine de la psychanalyse, par sa nature même, en est un de frontière (comme le remarque André Green), il y a des possibilités d'interpénétration tant avec les sciences exactes, qu'avec la philosophie, la littérature ou l'art. Les styles différents dans lesquels différents psychanalystes communiquent ne font que nous montrer vers laquelle des deux directions leur pensée se penche. Cette chose exprime le fait que la psychanalyse est une science vivante, qui respire et se nourrit du corps biologique du sujet, mais aussi de l'air de la culture qui l'entoure.
Le colloque que nous citons semble illustrer la manière dont, en même temps que le développement de la psychanalyse en Roumanie, s'étend aussi son influence culturelle. Serait-ce l'influence qu'elle prendra dans les prochaines années?
Si nous regardons vers la France (je prends cet exemple car il m'est familier), nous constatons que, après une période d'essor culturel énorme, situé autour des années 70, la psychanalyse a modéré son influence en-dehors de son cercle professionnel, en restant pourtant prévalente dans les universités. Mais dernièrement on observe sa réviviscence, cette fois-ci vers la psychiatrie. Il ne s'agirait pas seulement d'une influence théorique, mais de l'intérêt des psychiatres de suivre une analyse personnelle, expérience destinée à aider et à mieux comprendre leurs patients. Jacques André, venus chez nous en juin pour une journée de travail avec les psychanalystes roumains, commentait ce fait avec humour : « Dès qu'on parle, ça se complique... », c'est-à-dire que les psychiatres français ne se contentent plus d'offrir des diagnostiques et du traitement médicamenteux. Ils veulent comprendre le psychique humain « de l'intérieur », veulent devenir psychothérapeutes, et, pour cela, ils ressentent le besoin de savoir écouter les dires du sujet.
Cette évolution de la psychanalyse française est-elle naturelle, inévitable, qui tient de la nature du domaine de la psychanalyse, ou est-elle marquée, plutôt, par les conditions spécifiques de la culture, respectivement de la psychiatrie française? La réponse à une telle question pourrait nous indiquer l'évolution future de la psychanalyse roumaine, en regardant son importance pour les domaines voisins.

Quant au numéro présent de la revue, il est « libre » d'une thématique précise, et inclut des articles de psychanalyse théorique et clinique, de recherche, de psychanalyse appliquée ou autour des approches thérapeutiques d'orientation psychanalytique. Comparativement au premier numéro de la RRP, de septembre dernier, le poids des auteurs roumains a augmenté considérablement maintenant.
Le dialogue continue.